Logo province de Namur

La province de Namur, au coeur de votre quotidien

Rencontre avec Fabrice Arfi (Médiapart)

Actualités

11 février 2026

Les Passeurs du réel ont accueilli Fabrice Arfi, journaliste et co-responsable du pôle investigation du journal en ligne Médiapart. Il nous livre sa vision du journalisme en 2026.

Quel message êtes-vous venu délivrer aujourd’hui à Namur lors du festival Les Passeurs du réel ?

J’essaye de répondre à la promesse de ce titre magnifique du festival “Les passeurs du réel”. Les Passeurs, parce que précisément nous, journalistes, nous sommes celles et ceux qui font un métier bizarre, de ne rien savoir, d’apprendre et de transmettre, c’est-à-dire de passer au public, quel qu’il soit, quelles que soient ses convictions, ses chemins, sa vie, les informations d’intérêt général qui lui appartient.

Et le réel, précisément, c’est ce qui est habité par les faits, les faits, les faits ! … qui sont les pièces du puzzle qui nous permettent de comprendre le monde tel qu’il est. Et donc moi avec ma petite expérience de journaliste dans un domaine très particulier qui est celui des “affaires”, c’est ce que j’ai voulu raconter au public de Namur.

Le programme du festival Les Passeurs du réel

A l’heure des réseaux sociaux, des influenceurs, de l’Intelligence Artificielle où tout est gratuit et disponible, y-a-t-il encore un sens à donner au journalisme ou à payer pour lire des informations ?

Ça a plus de sens que jamais que d’être journaliste aujourd’hui, précisément pour les raisons que vous dites. C’est-à-dire qu’on est saturé par la dictature des algorithmes, l’IA qui permet même de passer de la société de la post-vérité, où la vérité n’est plus qu’une opinion comme une autre, à la post-réalité. C’est-à-dire qu’on crée des réalités parallèles au vrai monde. Évidemment avec une classe politique mondiale qui, dans certains endroits de la planète, sont au sommet des populismes entre Donald Trump ici ou Vladimir Poutine là, ou la dictature chinoise et d’autres, dont l’objectif est précisément d’effacer le réel pour le remplacer par l’idéologie ; pour remplacer les faits par le faux, remplacer les savoirs par les passions, y compris parfois les plus tristes. Dans cette époque qui est sombre qui est dure, le journalisme est d’autant plus requis pour mener la bataille et garder soudés les citoyennes et les citoyens ; pour leur offrir la grammaire commune pour qu’ils puissent discuter de manière civilisée des faits ensemble, quitte à ne pas être d’accord sur leur interprétation. Mais c’est ça, la démocratie. C’est ne pas être d’accord, mais de manière civilisée.

Ce sont les faits qui font les opinions

Et pourtant les journalistes sont remis en cause ici et là …

Je pense que le journalisme est remis en cause parce qu’il faut aussi qu’on réfléchisse à nos propres pratiques. Et je pense qu’il y a plusieurs médias dans ce qu’on appelle parfois abusivement “le système médiatique” – même si je n’aime pas quand on généralise – qui abusent de pratiques, notamment celles qui consistent à faire croire que le journalisme, c’est d’abord le lieu de l’opinion, que c’est donner son avis ; que ce qui est important, c’est un éditorialiste politique, que c’est le commentariat… Je pense que ça fait du mal au journalisme. Non pas qu’il n’en faut pas – bien sûr, chacun fait ce qu’il veut – mais la primauté du journalisme ce n‘est pas d’avoir un avis. L’opinion d’un journaliste n’est pas plus valable que l’opinion de n’importe qui. En revanche, notre métier, notre fonction sociale, c’est avant tout de produire de l’information, de l’information vraie, de l’information vérifiée, recoupée, contextualisée, historicisée et d’intérêt général. Et c’est d’abord les informations qui doivent être le terreau des opinions. 

Je suis convaincu que ce ne sont pas les opinions qui font les opinions. Je pense que ce sont les faits qui font les opinions, et parfois un fait, ça vous oblige à penser contre vous-même. Ça vous mord au visage. Ça fait que vous n’êtes pas d’accord avec ce que vous pensiez être votre vision du monde et bien ça, cette intranquillité, c’est ce qui fait le sel de la démocratie.

👉 Aller plus loin :

La page Wikipedia consacrée à Fabrice Arfi

La biographie de Fabrice Arfi sur le Médiapart