L’exposition collective Sexisme pépouze, imaginée par la journaliste Myriam Leroy, est présentée pour la première fois en Wallonie. Une quinzaine d’artistes y explorent le thème du cyberharcèlement. Les échanges anonymisés d’un groupe Facebook, plus de 4 300 messages agressifs publiés en 50 jours ont servi de matériau de base. Ces messages, qui ciblaient Myriam et d’autres figures féministes, sont interprétés par les artistes à travers la peinture, la sculpture, la poésie, la bande-dessinée, la reliure, la broderie et la performance.
Une phrase trouvée dans 4 300 messages
À l’occasion de cette exposition, nous avons rencontré l’artiste dont la pièce éponyme ouvre le parcours. Une broderie singulière, réalisée… avec du tissu et des cheveux. Une œuvre née au croisement de quinze années de travail, d’archives de « savoir-vivre à l’usage des femmes » et d’un matériau brut : les milliers de messages transmis par Myriam Leroy.
“ Il était le bon temps… le temps du sexisme pépouze ”.
C’est en lisant minutieusement l’intégralité des messages reçus par l’autrice que Elyse Galiano tombe sur cette phrase. Ironique, brutale, révélatrice.
“ Je me suis dit que j’avais là un slogan superbe, qui résumait à lui seul le cœur du projet de Myriam. Cette expression dégage quelque chose de rétro “ c’était le bon temps” tout en révélant l’universalité du problème. Le sexisme pépouze, lui, n’a plus de temporalité : il traverse tout. ”
Séduite par la force de cette formule, elle décide d’en faire l’axe central de sa broderie.
Déplier l’universalité du “ bon temps ”
À travers cette œuvre, l’artiste souhaite faire surgir la tension entre nostalgie et violence.
“ Il y a dans l’expression le bon temps une douceur désuète. Mais associée au sexisme pépouze, elle révèle une réalité universelle, intemporelle. J’aimais cette forme, ce slogan qui résume notre sujet de manière si précise. ”
Cette phrase devient alors un fil pour raconter l’histoire longue d’un sexisme banalisé.
Quinze ans de broderie… avec des cheveux
Depuis plus de quinze ans, l’artiste brode des phrases et des protocoles d’anciennes civilités imposées aux jeunes filles : une manière d’interroger, par la matérialité même, le statut féminin.


“ Je brode avec des cheveux, et je brode des textes issus de manuels de courtoisie. Cela m’a naturellement amenée au statut des femmes. J’aime l’histoire de l’art, l’histoire du costume, et surtout l’histoire de l’art féminin, longtemps invisibilisé. ”
Lorsqu’elle commence, il y a une vingtaine d’années, la place des artistes femmes n’est pas celle qu’on connaît aujourd’hui. L’approche féministe reste alors discrète dans son travail, presque timide.
Une œuvre qui évolue avec la société
“ Aujourd’hui, mon propos est beaucoup plus affirmé. Le travail évolue avec l’histoire de la société, et la société, depuis dix ans, a profondément changé. ”
Entre geste minutieux, héritage textile et engagement féministe, sa broderie devient une archive, une mémoire. Une manière, aussi, de rendre visible ce qui a longtemps été relégué dans l’ombre.
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