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© Bernard Rie - le Delta

Quand les palmiers prennent la parole

Expositions

16 janvier 2026

Dernière opportunité de découvrir l’exposition À l’ombre des palmiers, conversation botanique de Mehdi-Georges Lahlou, ouverte jusqu’au 25 janvier. Dans cette exposition, l’artiste nous propose une immersion où le palmier devient un témoin silencieux des histoires de l’humanité, faites de déplacements, de violences, de mémoires et d’espoirs. Entre archives, sons, images et voix, l’artiste invite à une déambulation sensible, politique et poétique au cœur de nos histoires entremêlées.

Une immersion sensorielle et troublante

D’emblée, l’exposition invite le visiteur à lâcher ses repères. « Il faut vraiment essayer de se laisser aller, se dire peut-être que je suis dans une autre réalité, ou dans une réalité multiple », explique Mehdi-Georges Lahlou. Plus qu’un simple parcours, l’exposition propose une expérience sensorielle, où le corps, les émotions et les perceptions sont sollicités. Le visiteur est alors plongé dans un univers fait de matières, de sonorités, de corps et d’archives.

Totems, formes organiques, images incertaines : on ne sait plus toujours ce qui est vivant, reconstitué ou archivé. Certaines images révèlent, en s’approchant, des photographies de soldats gazés lors de la Première Guerre mondiale : « les premiers gazés de l’Histoire ont aussi été des Nord-Africains » rappelle l’artiste, soulignant une mémoire coloniale longtemps effacée. À l’image du palmier, déplacé et réinscrit dans d’autres géographies, ces corps racontent eux aussi une histoire de circulations forcées et de silences.

Ailleurs, une œuvre monumentale issue de la microscopie d’un palmier dévoile un paysage abstrait et presque aquatique. Le palmier observé est un Washingtonia robusta, déplacé, mort, puis ramené symboliquement sur son territoire d’origine. Autant de gestes qui interrogent la circulation des êtres et des plantes.

© Bernard Rie – le Delta

Le palmier, miroir de nos déplacements

Au cœur de l’exposition, le palmier n’est pas un simple motif esthétique. Il devient une métaphore puissante : « On a l’impression qu’il fait partie de nos décors depuis toujours. On ne se demande même plus d’où il vient, pourquoi il est là et qui l’a ramené » évoque Mehdi-Georges Lahlou.

Plante ancienne, présente dans de nombreuses cultures, le palmier est pourtant profondément marqué par les déplacements humains. Contrairement aux oiseaux, il ne voyage jamais seul : « Le déplacement du palmier est accompagné par la colonisation, par le déplacement des peuples, par des problématiques d’agriculture coloniale » nous raconte-t-il.

Décoratif, productif, exploité, transplanté : le palmier devient le symbole d’une histoire mondiale faite de conquêtes, d’appropriations et de transformations forcées des territoires.

Une véritable conversation botanique

La « conversation botanique » prend forme à travers une pluralité de récits : « des œuvres liées par une plante vont nous amener des histoires différentes, des archives différentes, des époques différentes » explique l’artiste.

On y croise l’esclavagisme, la guerre, la déforestation, l’exploitation des corps et des sols, mais aussi la joie, l’étrangeté et l’espoir. L’exposition ne cherche pas l’uniformité, mais la coexistence des voix.

Dans plusieurs vidéos tournées au Jardin botanique de Cleveland, les plantes apparaissent confinées sous une verrière. Le lieu devient ainsi un héritage colonial autant qu’un lieu de conservation. Trois voix humaines s’y ajoutent : une chanteuse, une drag queen et une actrice. Ensemble, elles incarnent une polyphonie contemporaine où se croisent écologie, identité et futur.

Enfin, le palmier lui-même prend la parole. Il raconte son histoire, ses déplacements, son exploitation, son rôle malgré lui dans la destruction des écosystèmes. Mehdi-Georges Lahlou rappelle que « les conséquences ne sont pas celles du palmier, mais de l’humain ».

© Bernard Rie – le Delta

Une expérience à traverser plutôt qu’à comprendre

L’exposition ne cherche pas à imposer un message. Elle est pensée comme un espace de déambulation, de traversée émotionnelle et sensorielle.

L’artiste raconte : « C’est une invitation au voyage, à la magie, à l’expérimentation ». Les sujets sont parfois durs, parfois déroutants, mais toujours abordés avec une grande délicatesse poétique.

À l’ombre des palmiers, conversation botanique propose ainsi un autre regard sur le monde : un regard où les plantes deviennent des témoins, où les archives dialoguent avec les corps, et où l’humain se découvre à travers le vivant.

→ L’exposition est encore à découvrir jusqu’au 25 janvier 2026.