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Sandrine Morgante : transformer le cyberharcèlement en œuvre

Actualités

19 mars 2026

À l’occasion de l’exposition Sexisme Pépouze, consacrée aux violences en ligne, l’artiste plasticienne Sandrine Morgante présente une œuvre née d’une expérience personnelle : le cyberharcèlement qu’elle a subi en 2021. Habituée à travailler avec le langage et les mots du quotidien, elle transforme ici une matière brutale, des centaines de messages reçus sur les réseaux sociaux, en un objet artistique à la fois intime et politique.

Quand les mots deviennent matière artistique

Le travail de Sandrine Morgante s’appuie depuis longtemps sur le langage. « J’ai l’habitude de travailler beaucoup avec des mots rapportés de la vie courante », explique l’artiste. Habituellement, ils proviennent de dialogues ou d’interviews, mais cette fois, ils sont issus directement d’Internet.

En 2021, l’artiste avait lancé une pétition. L’initiative avait attiré l’attention des médias et l’a conduite à participer à plusieurs interviews, dont un débat télévisé… La réaction du public a été immédiate : dans les heures qui suivirentl’émission, les messages ont afflué. Certains étaient moralisateurs, d’autres ouvertement insultants. Tous portaient un même sous-entendu : l’idée qu’elle n’aurait pas dû prendre la parole publiquement.

Donner une forme visuelle à la violence

Face à cette avalanche de messages, l’artiste s’est interrogée : comment rendre visuelle cette masse de texte ? Elle a commencé par retranscrire et redessiner les mots à la main, cherchant à repérer les expressions les plus fréquentes. Certaines revenaient sans cesse : honte, respect, ou encore des injonctions à se taire.

C’est aussi parce que je suis une femme et que je semble assez jeune qu’on estimait avoir quelque chose à me dire.

Pour elle, cette réaction s’inscrit dans une forme de sexisme. « C’est aussi parce que je suis une femme et que je semble assez jeune qu’on estimait avoir quelque chose à me dire. », se souvient-elle.

Pour partager ce matériau, Sandrine Morgante a choisi une forme inattendue : un agenda* papier de l’année 2026. L’objet ressemble d’abord à un carnet banal. Mais en tournant les pages, le lecteur découvre que certaines sont déjà remplies de phrases issues des messages qu’elle a reçus.

Le choix de l’agenda n’est pas anodin. Il évoque le quotidien et la banalité. Pour l’artiste, le harcèlement en ligne n’est pas un phénomène exceptionnel : il s’inscrit dans une routine presqu’ordinaire.

L’objet renvoie aussi à l’intime. « Quand on tourne les pages, il y a déjà des choses écrites dedans. C’est comme si quelqu’un s’était introduit dans un espace personnel », dit-elle. Une sensation qui rappelle l’expérience même du cyberharcèlement : celle d’une intrusion dans la sphère privée.

Du commentaire paternaliste à l’insulte

En analysant les messages reçus, Sandrine Morgante observe également ce que les féministes appellent le “ continuum de la violence ”. Les propos vont du reproche apparemment poli, lui expliquant qu’elle aurait dû rester à sa place, jusqu’aux insultes les plus violentes et aux menaces.

Pour l’artiste, il est essentiel de ne pas dissocier ces deux registres. Les remarques paternalistes et les attaques directes participent d’une même logique : dissuader certaines voix de s’exprimer dans le débat public.

Screenshot

L’agenda ne se contente pas de montrer les messages. Il laisse aussi de l’espace pour écrire, répondre, reprendre la parole. 

Pour Sandrine Morgante, l’écriture devient alors un outil de résistance. Face aux injonctions à se taire, elle choisit au contraire de transformer ces mots en matière artistique et en support de discussion.

* L’agenda est en vente dans notre boutique, le Delta Shop et l’artiste sera présente au Delta les dimanches 22 et 29 mars pour dédicacer ses agendas.

Aller plus loin

Le site internet de l’artiste